Communication et échanges à partir d'un cursus de master 2 consacré au droit public et à la préparation aux concours administratifs, dispensé au sein de l'Université de Paris 8
Depuis l'adoption, en octobre 2008, de son plan stratégique sur le changement climatique et le développement, la Banque mondiale a mis les bouchées doubles pour devenir un acteur majeur des questions de climat, quitte à bousculer les dispositifs mis en place par l'ONU. Elle cherche désormais à s'imposer sur le terrain des villes. Un domaine sur lequel ont déjà pris position d'autres bailleurs de fonds, comme l'Agence française de développement (AFD), et des organisations comme l'ONU, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou l'Union européenne, qui hésitent de moins en moins à traiter directement avec les municipalités.
"Aujourd'hui, tout le monde voit l'importance des villes dans la géopolitique mondiale, reconnaît Dan Hoornweg, expert en environnement urbain à la Banque mondiale. Nous n'avons plus le choix. Si vous êtes dans le secteur de l'aide au développement, la question des villes est incontournable : elles concentrent plus de la moitié de la population de la planète et 75 % de la production économique mondiale. Elles sont directement impliquées dans le changement climatique et affectées par ses conséquences..."
En ce sens, "le Symposium de Marseille sera un moment fondateur : la Banque révise sa politique urbaine pour y intégrer la dimension du climat", estime Xavier Crépin, le directeur général de l'Institut des sciences et des techniques de l'équipement et de l'environnement pour le développement (Isted), chargé du secrétariat général de la rencontre.
La nouvelle stratégie de la Banque mondiale en matière de villes est attendue pour septembre. Selon l'organisation, elle doit incarner "un changement de paradigme dans la façon de gérer les risques et les opportunités d'une urbanisation rapide".
La politique actuelle date de 2000 et s'attachait aux questions de gouvernance et de compétitivité, pas aux enjeux liés à l'environnement. Depuis, l'urbanisation s'est encore accélérée et les risques liés au changement climatique se sont précisés. Surtout, "alors que l'urbanisation a pu être vue comme ingérable et contre-productive, elle est aujourd'hui considérée comme un élément-clé pour la croissance économique", reconnaît la Banque. "Dans beaucoup de pays, ce sont les villes qui montrent la voie face aux défis du développement global" - notamment en matière de politique climatique.
"COUP D'ACCÉLÉRATEUR"
Infrastructures et efficacité énergétique, gouvernance et planification urbaine, finances, gestion de l'eau, appui aux populations vulnérables et défavorisées... Les conférences et tables rondes du Symposium de Marseille chercheront à détailler l'impact de l'urbanisation du monde sur le changement climatique, mais aussi le risque que celui-ci fait courir à l'économie et aux habitants des villes, ainsi que les stratégies susceptibles de les protéger.
"Cela devrait donner un coup d'accélérateur à la recherche urbaine, aujourd'hui très faible, estime Xavier Crépin. La première attente concerne la définition d'indicateurs fiables. On dit que les villes sont responsables des trois quarts de la consommation d'énergie et des émissions de gaz carbonique de la planète, mais qui l'a vraiment calculé ? Comment les scientifiques nous proposent-ils de mesurer ces réalités ?"
Pour Dan Hoornweg, "il faut aussi travailler d'urgence sur les stratégies d'adaptation des villes aux conséquences du changement climatique, dont beaucoup sont déjà inéluctables".
Des questions pressantes : la population urbaine des pays en développement s'accroît de 70 millions d'habitants par an, un milliard d'humains vivent déjà dans des bidonvilles et 360 millions d'urbains habitent des zones côtières de basse altitude, menacées par la montée des océans.